Jean-Jacques MARTIN, « Ici aussi des dieux : quelques leçons anciennes sur l’habitation« , Editions Les Crépuscules, Juillet 2016.

Lors d’une réunion où des « amis » d’un service de psychiatrie lui font fait part de leur émotion et de leurs craintes face à la suppression programmée de la cuisine interne à l’établissement et son remplacement par une « chaîne du froid », Jean-Jacques MARTIN se souvient d’une formule prêtée à Héraclite qui, pour s’excuser de recevoir des invités de marque dans sa cuisine, leur aurait dit : « Ici aussi, il y a des dieux. »
Des « dieux » ! Les dieux des Grecs bien sûr, mais aussi et surtout les « puissances supérieures », celles de l’esprit qu’il est raisonnable de convoquer quand la Raison engendre les monstres du monde administré : « Supprimer la cuisine, une vraie bonne vieille cuisine, c’était trop, c’était la fin de tout, la perte de la dernière chose peut-être qui raccrochât les lieux avec les dieux, ou avec le sens, si l’on préfère »…
Tels sont les dés jetés par ce livre pas tout à fait achevé (Jean-Jacques MARTIN y travaillait encore aux derniers jours de sa vie). En compagnie d’anthropologues, de philosophes, d’historiens et de poètes, il nous embarque dans une méditation claire sur la nécessité vitale du foyer : « Braise sous la cendre, flamme tremblante et turbulente toujours par l’incessant mouvement rétablissant la verticalité, fumée montant à l’assaut du ciel, le foyer forme centralité, point fixe, mesure, repère dans l’espace, dans l’habitation, non comme point ou lieu particulier parmi d’autres, mais puits et colonne de temps dans l’espace. Au cœur de ce qui fait sens dans la demeure, ce qui permet d’habiter, d’habiter le monde : la vie, le temps se tiennent. »
« Émouvante responsabilité que de poser la pierre de seuil au texte de Jean-Jacques MARTIN pour vous inviter à y entrer. Sa lecture réveille une lumière. Lumière mouvante et chaude qui éclaire par ses tonalités nos coins et nos recoins. Telle la flamme d’une chandelle, elle se promène dans notre maison humaine, déambule sur les pas des poètes du doux, des penseurs du tendre et de l’intime. […] » A. BOUIN (Extrait de la préface)
Le livre de Jean-Jacques MARTIN ouvre une voie sensible à travers les mythes et les rites de l’habitation pour ranimer la question centrale du foyer, pour raviver la braise sous la cendre, faire renaître la flamme tremblante et turbulente de la maison humaine en écho aux voix des poètes et des penseurs et réfléchir au sens fondamental d’habiter, d’habiter le monde.
L’idée de cette exploration lui est venue lors d’une réunion où « des soignants du service de psychiatrie de l’hôpital de … avaient fait part de leur émotion et de leurs craintes devant une mesure qui venait d’être prise : la suppression de la cuisine interne à l’établissement, et le remplacement de son service par les bien connus « plateaux » tout préparés d’une « chaîne du froid». Je m’étais rappelé alors ces mots prêtés à Héraclite qui, pour s’excuser de recevoir des invités de marque dans sa cuisine, leur aurait dit « Ici aussi, il y a des dieux »…
« Habiter en poète »
« Habiter en poète », formule empruntée au philosophe Martin HEIDEGGER, tel était le fil d’Ariane de sa réflexion, de son ouverture sur les arts (peinture, musique, poésie), de son engagement dans la vie.
Ici aussi des dieux est un texte qui a été entrepris dans les années 95 et qui, à l’épreuve de son expérience, fut remanié et enrichi.
Jean-Jacques MARTIN est né en 1945 à La Bassée (59). Il nous a quitté en 2012 à l’âge de 67 ans. Philosophe, Fondateur de l’Ecole de Psychiatrie Institutionnelle de la Chesnaie. Pendant vingt-six ans, il a été salarié à la clinique de La Chesnaie (Chailles, Loir et Cher) qui ressortit au mouvement dit « Psychothérapie institutionnelle ». Il y occupa le poste de moniteur puis celui de secrétaire particulier de Claude JEANGIRARD, cadre assistant de direction, responsable de l’accueil des stagiaires et de l’Ecole de Psychiatrie Institutionnelle de la Chesnaie. Auparavant, il fut instituteur, permanent politique, journaliste. A partir de 1980, il entreprit des travaux de recherche sur les thèmes : Analyse institutionnelle, Espace et institution, Esthétique et Psychiatrie, Epistémologie des sciences humaines, Hypothèse d’un tournant anthropologique. Il anima de nombreux stages et groupes de paroles dans diverses institutions, enseigna la philosophie dans le domaine social et de la santé, fit de nombreuses interventions lors de colloques en France et à l’étranger.
