- PSYPROPOS vous invite à partager l’étude de son thème 2016 « ACCUEIL ET HOSPITALITE Partager l’invention du quotidien »
Alors que l’économie de marché ultra libérale s’est débarrassée de presque toutes les barrières douanières, nous assistons, dans les relations humaines, à des replis identitaires massifs derrière des frontières nationales restaurées à la hâte, pour stopper la progression de réfugiés jetés en famille sur les chemins de l’errance fuyant les guerres, la peur et la misère. Ces enfants abandonnés à leur infortune au pied de barbelés frontaliers, nos enfants, quel monde pourront-ils construire demain avec les autres devenus hommes ?
Entre accueil et rejet, hospitalité et hostilité, le sérieux et l’éthique (Kierkegaard) doivent prévaloir: « celui qui ne fait pas réponse ne perçoit pas la parole » disait Martin Buber, penseur universaliste du dialogue. A défaut, bien des situations de méfiance et de défiance envers autrui pourraient compromettre toute éthique de civilité.
Les conduites et modalités organisationnelles économiques et financières des échanges marchands ont de tous temps modélisé les rapports humains. L’accueil et l’hospitalité ne sont-ils pas aujourd’hui soupesés à l’aune des pertes et profits et de la balance bénéfices-risques des procès industriels qui gèrent les ressources humaines où chacun serait remplaçable ?
La conception même de l’humain est touchée par ce mimétisme objectivant lorsque la production d’un enfant conforme à la demande des adultes peut leur être de plus en plus garantie par la science, faisant craindre à certains un eugénisme radical. A l’école, son comportement devra être adapté, docile, son désir cadré, sa future employabilité dépendra de sa capacité à se vendre dans la concurrence qui l’oppose déjà à « l’autre ».
La maitrise du vouloir et le vouloir maitriser tendent à réduire la tolérance aux manifestations d’un écart, d’une altération face à un idéal imaginaire épuré qui est proposé, vendu, comme matériellement réalisable par les entrepreneurs et les décideurs.
Le débat fait rage entre uniformisation identitaire et altérité. La xénophobie se manifeste quand les diverses hypothèses de civilisation voudraient imposer leur modèle comme idéal. La phobie se saisit de l’altérité pour la projeter hors de soi alors qu’elle est constitutive de la singularité de chacun. «Le désir de l’homme, c’est le désir de l’Autre» disait Lacan en appui sur Hegel. Le même et l’autre se dialectisent en chaque humain dans une auto production qui est une auto création en croissance. H.G. Gadamer souligne l’étymologie commune de créer et croître.
Accueil et hospitalité sont le site de cette croissance qui n’est rien d’autre que le processus d’humanisation de chaque homme au contact d’autres hommes. Entre identification («J’ai hâte de me voir semblable à l’autre, faute de quoi pourrais-je être» Lacan), disparité subjective et émergence du singulier, se déploie l’existence humaine, elle a son site dans «l’événement avènement qui ouvre le monde», nous propose Henri Maldiney. Roland Barthes disait l’importance de veiller à «Humaniser les relations humaines». Au cours des Journées de l’année 2016, Psypropos abordera ces questions sociales, sociétales et microsociales. De quelle façon chacun peut-il dans son exercice statutaire demeurer en prise sur la nécessité éthique d’une «invention du quotidien» (Michel de Certeau)? Ne s’agit-il pas d’inscrire du nouveau dans le cheminement partagé avec les autres? C’est la question de base, que chacun exerce son humanité dans les champs de la justice, la pédagogie, la santé, l’éducation, le travail, l’art ou la culture.
Ce partage créatif de l’invention du quotidien doit être recherché en toutes circonstances pour que le sens de l’existence se manifeste dans le vécu personnel de chacun et que la discorde (Pindare) ou la «culpabilité objective» (Freud) ne déclenchent pas la destrudo dans son vacarme, ou tragiquement à notre insu, à bas bruit.
Nos journées se dérouleront donc
– le Mardi 14 juin 2016, à 20h15, au Centre Socio-Culturel de la Quinière – 1, avenue du Maréchal Juin à BLOIS
Gilbert VINCENT, Philosophe, Membre du Conseil scientifique du Fonds Ricœur nous fait l’honneur d’intervenir en proposant comme thème : « Hospitalité : la naissance symbolique de l’Humain »
L’hospitalité est la manière à la fois la plus ordinaire et la plus éminente à travers laquelle
les hommes assument leur commune humanité. Les réussites comme les échecs de
l’hospitalité montrent, de multiples façons, que l’accueil de l’inconnu, de l’étranger, est la
pierre de touche de la qualité du « chez soi », individuel et collectif. Vieille leçon qu’il
convient d’entendre toujours à nouveau, en particulier quand, comme aujourd’hui, l’étranger
est perçu comme une menace, quand la mondialisation des échanges va de pair avec la
construction effrénée de murs-frontières érigés pour tenir à l’écart les plus pauvres des
populations !
Les domaines de recherche de Gilbert Vincent sont l’herméneutique ; l’éthique sociale (histoire du
concept de solidarité, pratiques et théories de l’association, concept d’institution, au croisement de
l’anthropologie, de la philosophie politique et de la sociologie, les conflits de modèles en matière
d’éducation et l’histoire de la laïcité) ; la sociologie des religions.
Gilbert VINCENT préside l’Association JEEP Neuhof, à Strasbourg qui promeut l’action éducative
en direction des jeunes et des groupes de jeunes, en rupture ou en souffrance, en voie de
marginalisation ou déjà marginalisés, menée dans le milieu de la vie naturelle des jeunes. Cette
intervention, caractérisée par le travail de rue, vise à rompre leur isolement et à favoriser leur
inscription dans leur environnement.
– le samedi 15 octobre 2016 à Blois Auditorium de la Bibliothèque Abbé Grégoire
– le samedi 19 novembre 2016 à Orléans au Musée des Beaux Arts.
PSYPROPOS est née en 1990 avec pour but de « créer des lieux de réflexion et de recherche ayant pour objet la psychiatrie, la psychanalyse et leur articulation avec le champ social, dans leurs rapports à la littérature, l’art, la philosophie, la sociologie, le droit, l’histoire…»
Ses activités sont les suivantes :
– l’organisation de journées d’étude, de recherche, et de rencontres
– la publication de travaux (article 5), en l’occurrence les actes des Journées d’automne et de la conférence de juin.
Les journées ainsi organisées se déroulent alternativement à Orléans et à Blois» (article 2 des statuts).
- Film : « La société lozérienne d’hygiène mentale », 40 minutes. François Tosquelles tourne et monte un film sur l’organisation des soins à l’hôpital de Saint Alban sur Limagnole en Lozère en 1957. Suivi d’un débat avec le groupe de lecture des archives de François Tosquelles à Tours en présence de Sophie Legrain, l’éditrice de son œuvre. Pour lui, « les maladies nerveuses sont essentiellement des troubles des rapports de ce qui constitue le « contact » des uns avec les autres ». Il faut « soigner l’hôpital pour soigner les malades ». Il participe au grand mouvement de refondation des soins psychiatriques en France après la deuxième guerre mondiale. Certains des internes qu’il a formés sont devenus célèbres, Jean Oury, Frantz Fanon, Roger Gentils, Yves Racine, etc. Quels sont les retentissements de cette œuvre sur les pratiques actuelles ?
- « Psychanalyse ordinaire » par Joseph ROUZEL Souvenons-nous que Freud inventa la psychanalyse à partir d’énigmes jaillies des petits riens du quotidien dans Psychopathologie de la vie quotidienne. Oubli de noms, lapsus, actes manqués, rêves émaillent ses trouvailles d’un inconscient bien ordinaire qui mène la danse. Dans cet ouvrage, la psychanalyse prend l’air. Lacan affirmait à Milan dans les années 70 que la psychanalyse est le poumon artificiel d’une société qui étouffe sous l’industrialisation, la marchandisation, la gadgétisation de la vie sociale. Il y va donc de la survie de cette pratique singulière de tremper dans le tissu social tel qu’il se présente. L’ordinaire du psychanalyste, c’est bien évidemment la conduite des cures, mais aussi l’intervention dans le champ social. Là le psychanalyste a le devoir d’y faire entendre la petite voix de l’inconscient, de ce qui échappe. Le psychanalyste prend sur lui le risque de forer des trous dans la compacité du monde : il décompacte. Il « décharite », disait Lacan dans Télévision dans un néologisme tranchant. Il veille, dans le monde, à ce que l’énigme qui fonde l’espèce dite “humaine”, ne se referme pas. C’est un gardien (et pas si angélique que ça) du « pas tout », du manque, du vide, du rien. Un gardien de… trou.
Après avoir exercé de nombreuses années comme éducateur spécialisé, Joseph ROUZEL est aujourd’hui psychanalyste en cabinet et formateur en libéral. Il est diplômé en ethnologie de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales et d’un DEA d’études philosophiques et psychanalytiques. Il a créé et anime l’Institut Européen « Psychanalyse et travail social »
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