Lundi 21 mars, de 21h à 23h, à la Haute-Pièce – Yannick PINARD «Education et soin»

Ce livre est un essai réactionnel aux décisions de la Haute Autorité de Santé d’écarter la psychanalyse, la psychothérapie institutionnelle, et le packing, de la prise en charge de l’autisme, au profit d’un troisième plan autisme qui, tel qu’énoncé par madame Carlotti est un diktat. Diktat, car les professionnels et les étudiants sont sommés, sous menace de représailles, de ne faire référence qu’aux neurosciences et aux théories comportementales et cognitives en matière d’autisme.

Comment était-il possible d’affirmer, d’un point de vue scientifique comme politique, qu’une difficulté mentale ne pouvait relever que d’une approche réparatrice, et de celle-là uniquement, comme s’il était avéré qu’elle soit la bonne.

Ce qui n’est pas le cas, puisque l’autisme reste une énigme et que tout le monde s’accorde pour dire qu’il y a autant de formes d’autisme que de personnes autistes. Parce que, comme pour les autres difficultés mentales, elles sont liées inévitablement à la personne qui les porte, à ses capacités et incapacités, à sa personnalité, à son histoire, à ses relations aux autres et au monde. Et comment parler de réparation, quand les autistes Asperger eux-mêmes, affirment qu’ « on ne guérit pas de l’autisme, on vit avec »?

Cette injonction de Madame Carlotti est aberrante,mais par contre elle vient clore et donner sens à la «révolution culturelle» annoncée par les lois 2002 et 2005. Révolution dont l’auteur s’attache à montrer qu’elle avait pris corps dans les années 90, sur fond de polémique concernant les « psys culpabilisants » qui a clivé parents et professionnels dans les secteurs Pédopsychiatrie et Médico-Social.

Mais au bout du compte, que viennent nous dire cette injonction et cette révolution culturelle, qui touchent aujourd’hui l’ensemble de nos secteurs, quant au statut de la personne en difficulté mentale et à son accompagnement?

Elles viennent nous dire qu’aujourd’hui, cette personne est réduite à l’état d’objet de soins, puisqu’elle n’a d’autre choix que de se soumettre aux soins décidés pour elle, pour se conformer aux attentes de la société. L’exact opposé de l’approche psychodynamique, adossée à la psychanalyse, qui a été la colonne vertébrale des 40 années d’exercice de l’auteur.

Nous sommes donc dans une bascule idéologique, car elle fait passer l’accompagnement de la personne d’un besoin de relation d’aide, à l’obligation de se soumettre à des soins formatés, dans une politique de services impliquant le budget de l’État.

Yannick Pinard s’attache dans ce livre, à montrer les soubassements historiques de cette « tectonique des plaques », et propose le recours à la réflexion éthique pour élaborer cette politique d’éducation et soin dont nous, collectivement, avons besoin.

Yannick Pinard. Éducateur spécialisé en institution de 1972 à 2011 dans un IME, avec une formation en art et thérapie pour renforcer l’approche psychodynamique de la relation d’éducation et soin. Il est l’auteur de « Éducation et soin », qui est à la fois un livre-réflexion et un livre-témoignage sur l’évolution de la politique d’éducation et soin en France, notamment envers les personnes handicapées mentales, son champ d’intervention.

Yannick PINARD, « Education et soin », Editions Champ Social