
Les symptômes primaires de la schizophrénie de Jean OURY
« Quand, d’outre-Atlantique, nous reviennent les onze symptômes de premier rang de Kurt Schneider sous forme de liste de onze définitions qui passent à la machine, cela donne le DSM-III. À tel point qu’on est capable, de plus en plus, de faire un diagnostic d’après la liste, en cochant les “plus”, “moins”, “zéro” d’un questionnaire… Cela ne coûte pas cher — mais alors là, c’est de la “science” : on n’en est plus à faire de la phénoménologie ou je ne sais quelle psychanalysette… On fait des scanners et on répond aux questions de l’Internationale nosographique… Ceci pour aller non pas à contre-courant, mais pour continuer une sorte de chemin, comme ça, un peu comme les vendeurs de salades et de citrons qu’il y avait dans les rues de Paris, avec une petite charrette que je continue de pousser, où il y a des “symptômes primaires”, soi-disant. Bien sûr qu’il faut fouiller au fond : on ne les trouve pas, comme ça, en surface ! Alors, je me posais la question de savoir de quel lieu, de quel belvédère, si je peux dire, à partir de quoi on peut “voir” des symptômes primaires. Et la réponse, il me semble, est qu’on aura beau chercher des sites et des belvédères, explorer le monde entier… On ne verra rien du tout. Autrement dit, cela ne se voit pas. Et à la limite, cela ne s’entend pas non plus. Est-ce pour autant une abstraction ? » (Mai 1985)
Sophie LEGRAIN est philosophe de formation et éditrice de métier. En partenariat avec la Fédération inter-associations culturelle, les Éditions d’une qu’elle a créé en 2014 éditent dans la collection « la boîte à outils » les séminaires et inédits de F. Tosquelles et J. Oury notamment. C’est dans cette collection dirigée par Pierre Delion et Yannick Oury-Pulliero qu’est paru fin 2016 le cours inédit de Jean Oury sur la schizophrénie des années 1984-1986 à Jussieu, qu’elle a établi et annoté.
