« Dans le cadre de recherche sur le rapport subjectif au travail en Guadeloupe, j’ai pu mettre en évidence, grâce à des investigations collectives de type clinique avec des travailleurs de l’hôtellerie en particulier, une stratégie de défense collective jamais observée à ce jour qui passe par la résistance et la désobéissance au travail salarié. Sa particularité est qu’elle s’est avérée transversale aux métiers et au genre. J’ai ainsi été amenée à étudier les rapports entre les adultes et les enfants au sein des familles des sujets qui avaient participé à mes premières enquêtes collectives sur le travail. A partir d’un travail de recherche de type clinique individuel, j’ai pu mettre en évidence un concept non décrit précédemment que j’ai désigné par les termes d’assignation de la couleur de peau. Le processus psychologique ainsi décrit a des similitudes avec celui de l’assignation du genre décrit précédemment par J. Laplanche. Ce processus d’assignation s’est avéré polymorphe : il concernerait autant le genre que la couleur de peau et pourrait jouer un rôle déterminant dans la perception et le vécu d’une « condition » et de manière plus générale, il ne serait pas sans conséquence sur le vécu des rapports de domination, dans le travail en particulier. Par le biais de ce processus, les adultes contribueraient à la reproduction des rapports de domination présents dans la société. J’ai pu montrer que ce processus d’assignation et cette stratégie de défense étaient liés à l’héritage de l’esclavage transatlantique pratiquée en Guadeloupe et à la hiérarchie sociale de la couleur de peau très marquée qui en résultait. C’est ce processus d’assignation, ses formes et ses conséquences que je souhaite aborder dans le cadre de cette communication ».
Valérie GANEM est maître de conférences en psychologie à l’université Paris 13, après avoir exercé pendant 20 ans comme intervenante indépendante dans les milieux de travail aux Antilles et dans les Caraïbes.
