Ce séminaire de l’ÉPIC porte sur l’histoire du mouvement de la psychothérapie institutionnelle depuis son origine, à l’hôpital psychiatrique de Saint-Alban en 1940, jusqu’au milieu des années 1970. Plus profondément, la discussion présentera une analyse sociologique de l’histoire de ce mouvement psychiatrique. Nous verrons comment l’engagement politique de plusieurs psychiatres militants a structuré l’espace des possibles de la psychothérapie institutionnelle, mettant en tension leurs démarches respectives sur le plan pratique et intellectuel pour élaborer une psychiatrie plus humaine après les affres de l’asile et de « l’hécatombe des fous » entre 1939 et 1945.
L’engagement politique marxiste de François Tosquelles, notamment au POUM (Partido obrero de unificación marxista, Parti ouvrier d’unification marxiste) entre 1935 et 1939, n’est pas étranger à la création du premier club thérapeutique, mais constitue au contraire l’une des conditions de possibilités socio-historique les plus fondamentales ayant puissamment favorisé l’émergence de l’idée de club thérapeutique dans son esprit. Plus tard, c’est encore l’engagement politique des psychiatres réformateurs qui a provoqué la dispersion du groupe Batia en 1947, lorsque le Parti Communiste a attaqué la psychanalyse comme une « science bourgeoise » pendant la guerre froide. Si Georges Daumézon est parvenu à convoquer à Sèvres les psychiatres progressistes de différentes sensibilités politiques et théoriques entre 1957 et 1959, ces rencontres productives ont surtout été possibles grâce aux conséquences politiques du XXème Congrès du Parti Communiste d’Union soviétique (PCUS) du 24 et 25 février 1956 à la suite duquel la majorité des psychiatres communistes avaient quitté le PCF. Mais la rupture du groupe de Sèvres sur la question de la place de la psychanalyse à l’hôpital psychiatrique, puis la formation du GTPSI (Groupe de travail de psychothérapie et de sociothérapie institutionnelle) entre 1960 et 1966 en n’incluant aucun psychiatre de sensibilité communiste révèle la coloration politique marxiste et durablement antistalinienne des psychiatres labordiens et saint-albanais.
En prenant en compte l’engagement politique des principaux psychiatres réformateurs d’après-guerre, l’histoire sociale des idées du mouvement de la psychothérapie institutionnelle démontre l’intrication étroite entre la production des idées de ce mouvement et les enjeux politiques opposants les militants communistes et les militants antistaliniens, trotskistes, poumistes ou libertaires. Cette analyse s’appuie sur un mémoire de recherche en sociologie dont plusieurs exemplaires seront disponibles à la vente après l’exposé.
Gwenvael LOARER est psychologue clinicien de formation et travaille ponctuellement à la clinique de La Chesnaie depuis 2015 comme moniteur remplaçant. Il a réalisé un master de sociologie à l’Université de Nantes où il a étudié le mouvement de la psychothérapie institutionnelle sur le plan historique, sociologique et politique.
